Au carrefour des cérémonies 

On dit que le malheur des uns fait le bonheur des autres, nous c’était les cérémonies qui faisaient notre bonheur. 

Entre les jours où on était surchargés de cours et ceux où on passait la journée à rien faire, Abeché nous sortait par le nez, mais heureusement y’a d’enormes raisons de préférer Abeché à N’djamena, notamment ses cérémonies interminables .

Abeché est une ville plutot calme qui a un nombre impressionnant de petites ruelles appelées « Loungou » ou « Khor », c’est la première chose que remarque un nouveau à Abeche, surtout quand tu t’aventure dans une ruelle en moto et que t’apparait comme par magie en plein milieu d’une maison en esquivant de justesse leur repas.

Abeché c’est aussi des recettes de loin savoureuses à celles de N’djamena . J’en ai fait l’expérience dès mon arrivée à Abeché.

Notre maison était placé au début d’une ruelle et avait la plus grande cour du quartier, c’est ainsi que la cour face à ma chambre était le carrefour de toute les cérémonies du quartier, plus besoins de les chercher comme certains, elles venaient à moi.

Les cérémonies c’est pas ce qui manque à Abeché, chaque année 2 à 3 baptêmes au quartier

heureusement pour nous que tout le monde n’espace pas les naissances.

Les mariages et circoncisions sont peu nombreux par contre y a des périodes où les deces se chevauchent. 

À Abeche quand c’est une heure creuse et que t’entend un tapotement sur le micro de la mosquée c’est à 80% des cas l’annonce d’un décès, pendant ce laps de temps tout le monde est attentif espérant que c’est pas un proche qui a rendu l’âme.

Parfois y’avait des jours où je rentrais calmement de la fac et que je voyais de loin des bâches dans la cour, en me demandant ce qui a bien pu se passer, je jetais un petit coup d’oeil pour voir si y a un chemin pour ma chambre, au cas contraire je dépose mes cours plus loins et je vais me recueillir avec eux en ayant bien pris soin de me renseigner. 

Pendant ces moments c’était plus la peine de sortir, on était occupé la plupart du temps à superviser la distribution du thé et du repas. On recevait beaucoup d’invités des bourgades voisines d’Abeché, y avait du monde et parfois on profitait pour écouter leurs discussions les unes plus farfelues que les autres. Des moments mémorables, mais pas plus que les cérémonies joyeuses. 

Les cérémonies joyeuses c’est les baptêmes, circoncisions et mariages.

Nos moments les plus joyeux, on était prêts à sécher des semaines entieres de cours s’il le fallait.

On causait de tout et de rien et nos yeux commençaient petit à petit à rougir quand c’était presque 15 heures et que toujours aucun signe du repas. 

Quand c’était prêt un ami me demandait de sortir en criant « ATTAQUE! « 

Eh oui Attaque c’était le crie de guerre de mon équipe. 

Dans les cérémonies c’est mieux d’avoir une équipe dans laquelle on joue titulaire, comme ça on évite de tomber sur des équipes inconnues qui ne connaissent pas le fair-play et dans lesquelles on reste en mode défensif pendant tout le repas. Ce malheur m’est arrivé pendant un baptême pendant le Ramadan, j’étais tombé sur des gars qui le temps que je termine ma datte avaient déjà massacré la soupe et le comble c’est qu’à la maison ils avaient présumés qu’on allait mangé à satiété la bas, donc pas de repas à la maison. 

J’ai passé toute la soirée à broyer du noir car n’ayant toujours pas digéré ma défaite et je me préparais en conséquence pour le prochain combat. 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s