Abeché et moi

Avant 2012 je ne connaissait d’Abeché que le nom. 

Abeché c’est la ville où ma mère a passé une vingtaine d’années de sa vie, mon père y a aussi étudié brièvement .

Après avoir obtenu mon bac je me suis vite rendu compte que j’avais autant de chances de chômer l’année entière  que de trouver une bourse d’étude. 

Alors après une brève réflexion familiale on m’a proposé d’aller étudier à Abeché car là bas j’ai de la famille.

Je me disait  que j’avais rien à perdre et ce serai pas pire que de rester à N’djamena où l’on multiplie les années élastiques. 

Le fameux jour du départ arriva, j’ai passé tout le trajet en bus adossé près de la  fenetre à regarder le paysage, écouteurs aux oreilles je me rappelais de mes années lycées. On est arrivé en fin de journée, dès ma descente du bus j’ai tout de suite été charmé par l’atmosphère qui se dégageait de la ville, quelque chose d’apaisant, une sensation qu’on ne trouve pas à N’djamena. Ma première nuit à Abeché a été plutôt courte, j’ai juste eu le temps de fermer les paupières que le matin arriva. Après le sacro-saint petit déjeuner j’ai même pas eu le temp de saluer toute la famille que je suis allé entamer ma 1ère journée de cour à l’université. 

De retour je me demandais comment j’allais passer mes journées, comment j’allais faire pour me trouver de nouveaux amis. Évidemment au départ ce n’était pas facile. 

La population d’Abeché est un peu differente de celle de N’djamena, là bas chacun s’occupe de ses affaires et les N’djamenois ont plutôt une réputation de craneurs, et vu que j’étais quelqu’un de taciturne, qui aimait rester dans son coin, qui n’aimait pas le foot, qui n’était pas amateur de chicha ça s’arrangeait pas du tout, j’avais comme un handicap pour me faire des amis.
C’est ainsi que mon quotidien pendant les 1ères semaines était plutôt simple : si je n’étais pas à la fac j’étais soit à la maison seul, soit j’étais avec mes oncles que je considérait plus comme des grands frères à m’instruire des coutumes de la ville.

La 1ère année n’avait rien d’épique, je passais parfois des soirées entières à me promener dans la ville à faire des réflexions bizzares sur n’importe quoi. J’étais aussi toujours scotché sur mon telephone, on m’a même promis que j’allais avoir des problèmes de vision mais bizzarement ma vue n’a toujours pas changée. 

L’année s’écoula et je me fit quelques amis tant bien que mal.

Les années passèrent et à chaque rentrée universitaire y avait de plus en plus de nouveaux qui débarquaient à Abeché et comme j’étais un ancien, avec les nouveaux du quartier on s’entendait plutôt bien, on a même fondé un carrefour qui existe jusqu’aujourd’hui à l’entrée du quartier, du coup le temps passait plus vite et on s’integrait petit à petit dans la ville imposant à tous notre style et manière d’exister.

Cette période a éte la plus riche de ma vie, je me suis forgé une personnalité et je suis même tombé amoureux pour la première fois. C’était une abechoise, elle avait l’habitude de passer dans mon quartier, ça doit être sûrement là qu’on s’est vu pour la 1ère fois, on se saluait, on échangeait des regards furtifs et petits sourires pendant un temps. J’aurai dû écouter un ami qui m’avait conseillé de déclarer ma flamme, et à force de m’enfermer dans un silence assourdissant, j’ai appris trop tard et malheureusement pour moi que les femmes détestent qu’on les ignore, c’est comme ça que du jour au lendemain elle ne m’a plus adressé la parole. Elle a dû me prendre pour un Roméo. 

 J’ai été envahi par des remords.

J’avais pas choisi d’aimer mais j’avais contribué à mon malheur, c’est ainsi que pour évacuer cette subite haine qui grandissait en moi je me suis mis à écouter du rap sombre et je repetais quasi-quotidiennement des punchlines qui avaient l’air de questions philosophiques sans réponses. C’est depuis cette période que mes rapports avec la gent féminine se sont corsés, j’ai continuer à rester dans ma coquille et c’était mieux pour tout le monde car dans ces histoires si tu paies pas avec ta poche tu paie avec ton coeur.

« Pourquoi s’endetter de câlins quand l’amour peut ce monnayer ? « 

C’est vers les dernières années à Abeché que je m’investissait le plus dans les futilités, j’étais devenu un orateur respecté et je me faisait appeler dans le carrefour  je sais plus pourquoi  » la légende « . J’avais aussi commencer à développer un style de vie casanier je me déplaçait rarement, j’ai même  séché les cours pendant un mois, j’étais  dans une période où 2 heures de cours par jour c’était mon maximum et j’ai jamais été ce genre d’étudiant qui peut passer toute la journée à la faculté à étudier ou causer.

Je cherchais ma voie.

Je l’ai finalement trouvé près d’un rond point d’Abeché.

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