TCHAD : Histoire du royaume du Ouaddai

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Histoire de OUARA, ancienne capitale de OUADDAÏ.
Ouara (ou Wara) est la capitale du Ouaddaï de 1635 à 1870. Situé à 60 km au nord-ouest de la capitale actuelle Abéché, dans l’est du Tchad. La ville fut abandonnée lorsque ses puits se sont asséchés au 19ème siècle, suite à une longue sécheresse. Situé entre les collines, il en reste les ruines du palais, une mosquée et des pans de murailles.
1. LA VILLE : STRUCTURES ARCHITECTURALES
Ouara était une belle cité décrite par le voyageur tunisien Mohammed Ibn Umar comme une ville riche entourée par des montagnes dont les habitants étaient doués d’une très grande générosité et compassion à l’égard des étrangers.
Le palais en briques cuites fut construit au XVIe siècle sous le règne d’Abdel-Kerim Ibn Djamé, le premier souverain du royaume. Ce palais est entouré par un mur de 325 mètres de diamètre. Composé de plusieurs bâtiments, le palais compte une résidence destinée au souverain avec un rez-de-chaussée et un étage, une haute tour de guet ; une salle de conseil et des audiences, ainsi que les appartements réservés à ses différentes épouses et concubines. La mosquée est également construite en briques cuites. L’édifice palatial est haut de 8 m avec des murs de 1m d’épaisseur.
À l’extérieur de la grande enceinte s’élève aussi une mosquée, en briques également d’une hauteur de 25m sur 27 m.
2. HISTOIRE
Le prince Abd al-Karim Ibn Djamé fonde le royaume du Ouaddaï au début du XVIIe siècle. Les Maba, la population dominante constituait la noblesse, dont le pouvoir se transmettait par voie maternelle.
Avant la naissance du royaume, les habitants du Ouaddaï étaient soumis aux Toundjour, un peuple de religion traditionnelle africaine, dont la capitale Kadama, se situait au Sud-Ouest d’Abéché. C’est seulement vers 1615 que l’Islam est adoptée par une petite partie de la population du pays. Cette islamisation est en partie due à un certain Djâmeh ou Saleh.
Son fils Abd al-Karim Ibn Djamé décide de lutter contre les Toundjour en levant une armée d’Arabes et de Noirs. Le souverain Toundjour, Daoud, est tué par le chef rebelle qui se proclame ainsi Kolak (roi) du Ouadaï et s’établit au Nord d’Abéché, à Ouara, où il régna de 1635 à 1655. Il élargit considérablement la ville.
Le site avant la création de la ville était cahoteux et très difficile d’accès. Il y avait des forêts et d’importantes ressources en eaux. Abd al-Karim Ibn Djamé a fondé sa capitale, un jour où lui et ses hommes ont établi leurs campements à proximité du site de l’actuelle Wara, où il y avait un accès difficile en raison de la jungle. Il est dit que les hommes du roi avaient perdu le troupeau de veaux qui s’était aventuré dans la forêt dense riche en pâturages luxuriants et en eau. Le soir, les veaux sont retrouvés. La forêt était utile pour le bois, en constatant son abondance en eau, Abd al-Karim Ibn Djamé décide de construire la ville de Wara pour commémorer cet épisode.
Abd al-Karim Ibn Djamé continue néanmoins de payer un tribut au royaume du Darfour voisin, comme le faisaient leurs anciens maîtres les Toundjour.
À sa mort, son fils Kharout le succède et règne de 1655 à 1678. Puis Kharif (1678-1681) et Yakoub-Arous (1681-1707). Ces derniers tentèrent à plusieurs reprises de se défaire de la tutelle du Darfour. Suite à une rébellion, Yacoub-Arous accomplira l’exploit de battre et même de capturer le roi du Darfour, Omar-Lélé.
Djoda (1745-1795) étend son influence sur une partie du Kanem, mais sa guerre avec le Baguirmi est désastreuse. Saboun (1803-1813) aura plus de chance contre le Baguirmi. On lui connait de nombreuses victoires militaires. Ce souverain est aussi connu pour avoir ravi le trône à son père Saleh-Derret ou Dered. Cruel et sanguinaire, Djoda meurt assassiné. Son fils Youssef, dit Kharifine le succède.
Par la suite le royaume sera sous le contrôle d’une régence féminine, avant qu’Abdelaziz, petit-fils de Saboun, s’empare du pouvoir. Il meurt vers 1835. Mohammed-Fadel, roi du Darfour profite alors de cette vacance du pouvoir pour organiser une expédition punitive à l’encontre du Ouaddaï, dont les habitants appauvris par la famine lançaient continuellement des raids à la frontière des deux royaumes. Les troupes de Mohammed-Fadel s’emparent de Ouara, la capitale, et placent sur le trône un certain Mohammed-Chérif, imposant de nouveau son autorité suzeraine sur l’Ouaddaï, longtemps resté rebelle à sa domination. Mohammed-Chérif règne de 1835 à 1858. Cette ingérence se retourne contre Mohammed-Fadel, quand son favori, Mohammed-Chérif rejette son autorité en affirmant l’indépendance du Ouaddaï vis-à-vis du Darfour. Ce faisant, Mohammed-Chérif a gagné l’admiration et le respect de diverses factions du Ouaddaï, jouissant d’une très grande popularité et d’un prestige de taille. Son pouvoir considérable lui permet de s’attaquer au puissant royaume du Bornou, qu’il écrase à Kousseri et dont il obtint une contribution de guerre de 8000 thalers. Il établit également une suzeraineté sur le Baguirmi et les royaumes se situant sur le fleuve Chari. C’est sous son règne que la capitale est transférée d’Ouara à Abéché en 1850. L’ancienne capitale, Ouara, est abandonnée et tombe ainsi en ruine.
Le transfert de population de Wara à Abéché s’est faite de façon collective. Certains habitants ont migré en transportant leurs biens à dos de chameaux, de chevaux et d’ânes. Les plus pauvres sont partis à pied, emportant tout sur . leur tête et leur dos. L’abandon de Ouara est due à deux raisons :
1 – La sécheresse, conduisant à une pénurie en eau, obligeant les habitants de la ville à puiser cette précieuse ressource près du village de Gelkan qui était situé à une quarantaine de kilomètres au sud-est de Wara ou à Biltine à moins de cinquante kilomètres au nord-est.
2 – Une légende rapporte que Mohammed-Chérif était en désaccord avec un théologien. À sa mort le roi aurait enterré le corps du savant dans la cour du marché local. Depuis ce jour, le souverain pris de remords ne pouvait pas dormir et se promenait toute la nuit. Un soir lors d’une sortie il arriva sur le site d’Abéché et décide de s’y reposer un peu. Il y dormit si bien et y passa une nuit si tranquille, qu’il ne fut réveillé par aucun cauchemar, comme s’était souvent le cas depuis la mort du savant. Le lendemain Mohammed-Chérif décide immédiatement de transférer la capitale de Wara à Abéché qui est devenue la capitale moderne du Royaume du Ouddaï.
Le Ouaddaï a connu d’autres souverains par la suite, mais l’histoire de Ouara sa première capitale, s’arrête ici.


Annadjib

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